Amours sylvestres

(Conte)

Ils naquirent tous les deux le même jour, dans des fleurs à peine écloses, à des endroits très différents de la forêt. Cela se passait en juin. L’air était saturé de toutes les fragrances que le vent transportait.
Il était lutin, né dans un gros bouton d’or sur la berge du ruisseau. Son arrivée fut une fête . Il se mêla vite aux jeux des autres. Bientôt, il apprit à tresser des petits paniers d’herbes dans lesquels il rapportait de ses promenades des baies sauvages ou des gouttes de rosée que le soleil faisait scintiller de milliers de reflets.
Elle était fée des bois, née d’un lys sauvage aussi pur que le plumage d’un cygne ou la neige hivernale. Son arrivée fut prétexte à des danses qui durèrent trois nuits durant. Elle apprit à voler gracieuse dans l’azur, à esquisser des arabesques sous les étoiles, à se nourrir du nectar des fleurs et de l’eau claire des ruisseaux. Elle était belle et insouciante. Une vie s’offrait à elle, toute neuve et toute entière.
Une année s’écoula avant qu’ils ne se rencontrent tous deux dans le bosquet de noisetiers. L’amour frappe où il veut, certes, mais là, il semblait y avoir une erreur. Avait-on déjà vu une fée et un lutin ensemble ? La chose paraissait impossible, inimaginable.
Chacune des communautés essaya bien de raisonner les tourtereaux mais ils ne voulurent rien entendre. Dans le plus grand secret, ils multipliaient leurs rendez-vous.
Les saisons se suivaient. Ils rencontraient toujours les mêmes obstacles. Tous étaient au courant dans le massif et beaucoup se moquaient d’eux. Où étaient donc passées leurs belles qualités ? Amour, compréhension, tolérance, semblaient s’être envolés au loin au loin.
Refusant de voir ternis les sentiments si beaux qui les habitaient l’un et l’autre, ils prirent la décision de s’exiler. Cela leur fut difficile, mais cela se fit.
Bien sûr, ils eurent la nostalgie des lieux qui les avaient vus grandir, des leurs qu’ils aimaient toujours profondément et à qui ils avaient pardonné depuis longtemps.
Chez les lutins comme chez les fées, le bonheur semblait avoir disparu avec l’envol des tourtereaux. Rires, chants, danses et jeux avaient fait place aux larmes et aux murmures. Chacun allait doucement, traînant sa peine et ses regrets. S’ils n’avaient pas agi ainsi, sans doute ne seraient-ils pas partis !
Le vent dans les feuillages et des oiseaux de passage, transmirent ces triste nouvelles aux amoureux. Tous deux réfléchirent longuement. Les choses avaient changé visiblement.
Par un des premiers matins de l’automne, ils revinrent sur leurs pas. Ils s’installèrent tous deux dans une jolie clairière, à mi-chemin entre le domaine des fées et celui des lutins, tissant le lien entre les deux communautés.
Partout aux alentours, tous laissèrent éclater leur joie. En leur absence, tous avaient compris l’importance de la tolérance et nul ne les montra plus jamais du doigt.
On dit qu’ils vivraient encore, heureux comme aux tout premier jour, ayant devant une éternité pour s’aimer… un peu plus chaque jour.

Véronique Vauclaire (2003)

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