Angeline et l’île aux elfes

(Conte)

Tout autour du lac, les bois étaient denses, les sapins très rapprochés. L’obscurité intense qui régnait sous leurs branches rebutait même les bûcherons. Nul promeneur n’approchait donc jamais des eaux.
Elles étaient claires pourtant. Le soleil jouait avec les vaguelettes, y faisant naître des milliers de diamants. Quand une truite sautait hors de l’eau, elle entraînait dans son sillage des goutelettes qui se paraient de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel… L’air y était pur et léger.
Au centre du lac se trouvait une île enchantée, couverte de feuillus et de clairières où dansait la lumière. Digitales, boutons d’or, jacinthes, campanules croissaient dans une profusion de couleurs tendres : rose, jaune, mauve et bleu.
L’endroit semblait être, au premier abord, le domaine des papillons et des oiseaux. En réalité, des elfes vivaient là depuis des temps immémoriaux, en parfaite harmonie avec les merveilles qui les entouraient. Protégés, très à l’écart des humains dont ils connaissaient l’existence et se méfiaient, ils étaient heureux, tout simplement.
Leurs ailes translucides leur permettaient de voleter de fleur en fleur, d’arbre en arbre, au gré de leur inspiration et de leur bon vouloir. Ils avaient élu domicile dans les gros ceps et les boulets qui poussaient un peu partout.
Leur magie était puissante. Les arbres et les plantes qui les entouraient étaient plus beaux que n’importe où ailleurs.
Ils représentaient l’essence même de la vie.
Les baies poussaient en abondance. Les elfes s’abreuvaient à une source dont le goût rappelait celui des plus rares nectars. Jamais la pluie, le froid, la neige n’arrivaient jusqu’à l’île.
Le temps y était toujours ensoleillé, d’une douceur printanière. Les années glissaient, paisibles, sur leur immortalité.
Au village le plus proche vivait la petite Angeline. Sa famille était la plus pauvre du bourg. Pour se vêtir, le fillette devait se contenter de guenilles dont personne ne voulait plus.
Toutefois, les loques qu’elle portait ne suffisaient pas à cacher sa beauté. Ses longs cheveux châtains flottaient librement au vent, sa bouche était une cerise, ses oreilles de fins coquillages et ses yeux deux lacs limpides dans lesquels se reflétaient le bleu du ciel. Elle était fine, élancée, eet possédait une grâce innée.
Les femmes la jalousaient pour sa beauté. Elles paraissaient toutes si ternes à ses côtés ! Les hommes lui reprochaient de garder ses distances. Car Angeline était pure.
Nul au village ne se privait de lui rendre la vie plus difficile encore. Oh ! Elle était travailleuse, mais personne ne lui confiait d’ouvrage.
Un jour où les enfants, si cruels parfois, la pourchassaient comme un animal sauvage en lui lançant divers projectiles, elle courut se réfugier dans la sapinière, se faufilant agilement entre les arbres.
Elle ne voyait pas l’obscurité qui régnait en ces lieux tant les larmes qui roulaient sur ses joues l’aveuglaient. Elle s’enfonça si profondément dans le bois qu’elle parvint à la rive du lac.
Là, elle s’effondra sur la berge, d’épuisement et de chagrin.
Au plus profond de son sommeil, de gros sanglots continuaient à l’agiter.
Le prince des elfes vint à passer par-là. Angeline était si émouvante, si touchante, qu’il ne put s’empêcher de déposer un baiser léger sur ses lèvres soyeuses. La magie opéra.
Les anciens disent que jamais plus, depuis, on n’a revu Angeline ; que l’on entend parfois la musique de sa voix dans la chanson du vent ! Mais on en raconte tant, le soir, à la veillée… On dirait que la nuit attise les imaginations.

Véronique Vauclaire (Les Veillées des Chaumières – 2006)

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Une fée en sabots

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La fée dans une cage dorée

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