Après la tempête

(Conte)

Tout ceux du Petit Peuple qui habitaient les bois avaient senti venir le grand cataclysme et s’étaient mis en sécurité, qui était parti au loin, qui s’était enfoncé profondément dans la forêt, qui s’était caché dans les grottes et les terriers.
La tempête ne fit que passer mais, en une nuit, elle déversa sur le massif forestier des torrents de pluie et de feu alternés. Des coulées de boue dévastèrent les fleurs et les buissons, déracinèrent les arbres. Le feu ne vint qu’ensuite, anéantissant ce qui restait encore debout. Un vent violent soufflait sa folie sur le tout, attisant encore des éléments déjà déchaînés. En vingt-quatre heures à peine, tout avait été détruit. Il ne restait plus de ces lieux paisibles et d’une grande beauté qu’un immense champ de ruines et une vision d’apocalypse. La fin du monde aurait pu ressembler à cette désolation.
Petit à petit, tous émergèrent de leurs abris. Les fées revinrent. Séparément, ils ne pouvaient rien… Mais ensemble ? Ils choisirent un îlot de verdure qui avait été épargné pour tenir leur conseil. Dans ce bosquet, sous les doux rayons de la lune, il aurait pu sembler que rien n’avait changé sans les odeurs qui leur parvenaient.
Querelles et jalousie furent mises de côté. Il fallait s’allier.
Pour que la forêt puisse renaître de ses cendres, telle un phénix, il fallait commencer par la nettoyer des débris en tous genres qui l’encombraient. Arbres déracinés ou calcinés, cailloux et rochers devaient dégager l’espace. Les nains étaient forts. Ils étaient habitués au rude labeur dans les mines. Ils se proposèrent donc pour cette tâche.
De plus, ce qui restait encore vivant devait être débarrassé de la gangue de boue et de cendre qui l’étouffait. Le travail était certes fastidieux mais demandait moins de force physique. Les lutins s’engagèrent à faire leur part du travail.
Les sotrées, eux, connaissaient bien les animaux. Ils décidèrent donc de les recueillir en un lieu qui avait été épargné, de soigner leurs blessures, de panser les peurs et de leur procurer quelque nourriture jusqu’à des temps meilleurs.
Ce furent toutefois les fées qui durent prendre le plus sur elles. Pour quelques années, elles allaient renoncer à leurs ailes et accepter de se transformer qui en un arbre majestueux, qui en buisson, qui en haie fleurie. Les autres avaient besoin de nourriture pour survivre. Elles allaient leur en fournir. Plus important encore, voir de belles choses autour d’eux les revigorerait, renforcerait leurs âmes et leur rendrait la joie de l’espérance. Elles se disséminèrent donc sur le massif et, dès la nuit suivante, faisaient ce qui avait été dit.
Chacun y mit du sien. Au bout de quelques temps, on pouvait déjà apercevoir des pousses d’herbe. Sous terre, les glands et les marrons, les noisettes, les noix et toutes sortes de choses germaient déjà dans le plus grand secret. Mais il faudrait attendre encore pour retrouver la forêt telle qu’elle était avant. La naissance de chaque fleur, de chaque arbrisseau, était l’occasion d’une grande fête.
Quand tout fut accompli, les fées redevinrent elles-mêmes. Leur mission était un succès. Bien vite, elles s’envolèrent haut vers les étoiles, faisant maintes arabesques dans les airs, dans le plus beau ballet improvisé qui ai jamais été. En bas, les autres jouaient de la flûte et du tambourin pour les accompagner. Cela dura longtemps.
Les anciens disent que, depuis, chaque nuit, on entend une étrange musique glisser sur le massif forestier et qu’on voit de curieuses lueurs danser dans le ciel étoilé.
On dit aussi que ceux du Petit Peuple ont donné une belle leçon de courage, d’entraide et d’espérance aux hommes. Mais la comprendront-ils ?

Véronique Vauclaire (2003)

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