La fée dans une cage dorée

(Conte)

On raconte qu’aux temps lointains, des fées vivaient dans le petit bois de noisetier. Il y faisait bon. L’air y était doux. Le soleil filtrait au travers des tendres feuillages, comme doucement tamisé. Le sol était couvert d’une multitude de fleurettes. Perce-neige, pâquerettes et pervenches, colchiques et églantines croissaient parmi les herbes et les mousses. En toute saison, c’était un régal pour les yeux.
Le jour, les fées dormaient au coeur des fleurs. La nuit, elles se régalaient de baies sauvages et s’abreuvaient tantôt de gouttes de rosée, tantôt de l’eau vive du ruisseau voisin. Et puis, elles se mettaient à danser. Les rondes se succédaient jusque dans les airs où leurs ailes diaphanes scintillaient gaiement, plus brillantes que les étoiles lointaines.
Personne, jamais, ne venait troubler la paix du lieu.
Les petits animaux ne faisaient qu’y passer, les hommes en ignoraient l’existence.
Essa était la plus jeune d’entre elles. Elle était intrépide et voulait découvrir le vaste monde. Ses sœurs essayèrent bien de la retenir mais, quand sa décision fut prise, nulle ne put l’en empêcher.
La première nuit, tout se passa au mieux. Elle voleta de-ci, de-là, entre les arbres puis longea le sentier qui menait au village. Elle y découvrit des jardins qui lui parurent en tous points merveilleux. Roses, dahlias, glaïeuls, pivoines s’étalaient, mêlant leurs couleurs et leurs fragrances. Pourtant, ce fut au coeur d’une fleur toute simple de liseron qu’elle choisit de passer la journée. A peine y fut-elle couchée qu’elle s’endormit.
Dans l’après-midi, des fillettes sortirent de la ferme. Elles jouèrent longtemps. Parties de marelle, de quilles, de colin-maillard, de cache-cache se succédèrent. Elles voulurent ensuite se parer comme des princesses. Elles cueillirent les fleurs par brassées, en firent des colliers et des couronnes. Bien fatiguées, au soir, elles rentrèrent dans la maison, sans savoir qu’avec elles y entrait une fée.
Quand la lune brilla, haute dans le ciel, Essa se réveilla, les ailes toutes chiffonnées et le regard flou. L’enfant s’était endormie, sa parure à la main. Il ne semblait pas y avoir de danger de ce côté-là, mais la porte de la chambre était fermée, de même que la fenêtre. La petite fée vola tant et plus sans trouver de sortie. Elle avait besoin de se nourrir du nectar des fleurs, de la chair sucrée des baies sauvages, de l’eau pure du dehors. Elle était avide de liberté. D’épuisement, elle finit par tomber sur la commode et tomba aussitôt dans un profond sommeil.
Les coqs chantèrent. L’astre nocturne disparut. Des bruits de casseroles se firent entendre de la cuisine. Ce fut l’odeur du café au lait bien crémeux qui réveilla la fillette. Elle s’habilla bien vite après une brève toilette dans la cuvette en émail. L’eau froide lui dessilla les yeux et donna une belle couleur rose à ses joues.
A ce moment-là, elle vit le petit être sur le meuble, si petit qu’elle crut voir un insecte, au demeurant fort beau.
Elle le prit délicatement et le déposa dans sa boite à bijoux.
C’est dans la nuit de sa cage dorée que la fée s’éveilla, au comble du désespoir, regrettant amèrement le temps où elle dansait librement dans la clairière. Que n’eût-elle donné pour avoir écouté ses sœurs, mais il était trop tard !
Bien des jours plus tard, la fillette ouvrit son coffret. Elle avait depuis bien longtemps oublié l’étrange petite chose qu’elle y avait enfermée. A présent, ce n’était plus qu’un petit corps inerte qu’elle jeta par sa fenêtre. En tombant dans les touffes de menthe, il sembla se désagréger en une multitude de paillettes dorées.
On dit que depuis, chaque nuit, on voit danser de curieuses lueurs dans les menthes, si semblables à des lucioles que l’on pourrait les confondre aisément, sans les soupirs et les sanglots qu’elles font entendre.

Véronique Vauclaire (Les Veillées des Chaumières – 2006)

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