La fontaine de jouvence

(Conte)

Mellie vivait dans une charmante maisonnette, à l’orée du village. La petite était travailleuse. Elle tenait bien le jardinet où fleurs et légumes croissaient avec vigueur, de même que l’intérieur de la petite maison. Elle préparait les repas, lavait le linge et s’occupait de sa grand-mère qui était fort âgée. La mignonne avait bon coeur. Aucune tâche ne la rebutait.
A la veillée, elle entendait les anciens évoquer toutes sortes de contes et de légendes. Elle ne savait pas lire mais les retenait tous. Elle aimait tant les belles histoires même si, parfois, elles la rendaient triste ou l’effrayaient un peu ! Et tout en écoutant, elle faisait de délicates broderies qu’elle vendait quelques sous. Certains n’hésitaient pas à dire qu’elle avait des doigts de fée.
L’histoire qu’elle préférait était celle de la Fontaine de Jouvence. On racontait que, dans une clairière perdue au milieu des sapins, une fontaine jaillissait de tronc de l’un des arbres. L’eau claire qui en sortait aurait eu le pouvoir de guérir les coeurs purs et, surtout, de leur redonner un peu de leur jeunesse et de leur vigueur passées.
Tout doucement, sa grand-mère commença à décliner. Cela prit bien des jours et Mellie ne s’en rendit pas vraiment compte. Les personnes que l’on aime se doivent d’être éternelles, n’est-ce pas ? Toujours est-il qu’un soir l’aïeule ne put se lever de sa couche pour le souper. Elle appela Mellie pour lui dire au revoir, la préparer à cette fin qu’elle sentait approcher.
Mellie l’embrassa bien tendrement et alla pleurer longuement sous les branches du gros tilleul. Quand ses larmes furent taries, elle réfléchit dans l’obscurité.
Sa grand-mère était âgée, certes, mais il devait bien y avoir un moyen de la garder auprès d’elle quelques années encore. C’est alors seulement qu’elle se souvint de la légende qu’elle aimait tant. Bien des questions se posaient toutefois. Pouvait-elle prendre le risque de laisser l’aïeule toute seule ? Comment trouverait-elle l’emplacement de ce sapin magique, en pleine forêt et, surtout, en pleine nuit ?
Mellie était vaillante et courageuse mais fort peu téméraire. Ce fut l’amour si grand qu’elle avait en elle qui lui souffla la réponse. Elle prit sa pèlerine, une grosse lanterne, et s’aventura dans l’obscurité.
Tout la faisait sursauter. Elle avait si peur, Mellie, seule au plus profond des bois. Soudain, elle vit, à hauteur des yeux, de petites lueurs danser devant elle. Quand elle s’en écartait, les petites choses revenaient la chercher. Visiblement, elles pouvaient être suivies !
Tant qu’à se laisser guider par le hasard, la petite choisit de les accompagner. Le temps pressait. Elle se faufila à leur suite sur les mousses, enjamba les ruisseaux, franchit encore tout un bosquet de mûres. Les lumières, immobiles à présent, semblaient l’attendre dans une petite clairière. Un filet d’eau vive s’y faisait entendre, gai et engageant.
Dès que Mellie vit l’arbre, elle comprit qu’elle était parvenue à destination. Elle remplit une pleine gourde en fer blanc puis les lumières la raccompagnèrent jusqu’à sa maisonnette. Bien vite, elle fit couler un peu d’eau entre les lèvres desséchées de l’aïeule.
On dit que Mellie et sa grand-mère vivrait toujours, quelque part, au coeur de la forêt. Personne pourtant ne les a vues depuis fort longtemps…

Véronique Vauclaire (2003)

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