La licorne

(Conte)

Au cours d’une de ces veillées mémorables que les anciens savaient si bien animer, on en vint à évoquer la légende de la licorne. De mémoire d’homme pourtant, personne, jamais, ne l’avait vue. Les enfants étaient présents, qui écoutaient, bien sagement assis sur les tomettes. L’histoire parut si belle à la petite Camille qu’elle voulut en savoir – en voir si cela était possible – davantage.
Lorsque la lune fut montée haute dans le ciel, brillant bien plus que toutes les étoiles au firmament, elle sortit discrètement, sans faire de bruit, et s’enfonça profondément dans la nuit.
Le petit bois de coudriers où la licorne était supposée apparaître, elle en connaissait bien l’emplacement. Le chemin était facile. Le grand espoir qui l’habitait effaçait toutes les ombres, atténuait les bruits qui auraient pu l’effrayer.
Elle y parvint enfin, mais ne vit rien, malgré une longue attente. Le coeur gros de déception, elle s’en retourna à la ferme. Tous dormaient encore. L’aube était proche. Un peu partout, des milliers de gouttes de rosée scintillaient comme des diamants dans leurs écrins de verdure.
Chaque soir où le ciel fut clair, elle retourna dans la forêt. La lune était toujours là, qui la guidait amicalement. Sotrées, fées, nains, tous la connaissaient maintenant. Et tous admiraient sa persévérance. Camille espérait, inlassablement.
A vivre ce grand rêve éveillée, elle passa à côté de tout. Elle ne se maria pas, n’eut pas d’enfant, ni -forcément – de petit-enfant à chérir.
Percluse d’arthrite, appuyée sur sa canne, le pas lourd et le regard flou, elle y allait toujours. Pourtant, qu’il lui semblait rude à présent le petit chemin bordé de mousses, d’herbes folles et de myrtilles !
Quand elle sentit la faucheuse s’approcher d’elle insidieusement, elle mit tout en ordre dans sa maisonnette. Elle ferma la porte derrière elle, mais sans la verrouiller… Il y avait là tant de choses qui pouvaient servir à d’autres !
Elle suivit une dernière fois le sentier jusqu’au bois de coudriers. Dans la petite clairière où elle était si souvent venue, elle s’allongea sur l’herbe tendre.
Dans un dernier souffle, elle allait rendre l’âme quand la licorne, qu’elle avait attendue sa vie durant, vint se coucher près d’elle. Aussitôt, elle se sentit comme régénérée. L’animal mythique à la robe neigeuse, en effleurant son visage ridé de ses naseaux frémissants, venait de lui rendre sa jeunesse et sa beauté. La licorne lui offrait aussi l’immortalité.
On dit qu’elles sont parties ensemble ; que Camille la chevauche dans de longues cavalcades. Certains parlent aussi d’un hennissement très doux que l’on entendrait parfois et d’un rire cristallin qui lui répondrait en retour, le rire de Camille.

Véronique Vauclaire (2003)

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