La nuit de la Saint-Nicolas

(Conte)

La ferme était ancienne. Bien que pauvrement meublée, elle respirait l’ordre, le propre et les fleurs séchées du jardin. Devant l’âtre, Bernadette comptait ses sous. Elle n’en eut pas pour longtemps, la bourse était quasiment vide. Impossible d’offrir même une orange à ses enfants pour la Saint-Nicolas. Pourtant, ils étaient si mignons, toujours prêts à l’aider. Elle aurait tant aimé pouvoir les récompenser !
C’est seulement au matin, après de mûres réflexions, que lui vint une idée. Aux grands maux, les grands remèdes, elle allait leur raconter une histoire, et quelle histoire… Jamais ils ne l’oublieraient !
Elle leur raconta donc ce que voici.
En sortant chercher des bûches pour allumer le feu, elle avait aperçu, de loin, une longue forme montée sur un âne lourdement chargé. En pleine tempête de neige, les pancartes complètement enfouies, Saint-Nicolas avait dû se perdre en chemin. Cette année donc, il serait inutile de mettre une gamelle d’épluchures devant la porte pour son animal. Saint-Nicolas ne passerait pas. Il faudrait encore attendre toute une année pour le voir revenir enfin.
L’histoire aurait pu en rester là. Déjà, les aînés se résignaient. En ce temps-là, l’enfance finissait tôt. Mais le petit Jean n’avait que trois ans, un âge où l’on croit encore à tous les miracles. Si Saint-Nicolas s’était égaré, il finirait bien par retrouver le chemin de leur maison.
Il attendit donc patiemment le soir que tous fussent endormis. Il se glissa dans la cuisine, préleva une bolée de soupe encore tiède et plaça quelques épluchures dans une cuvette en fer blanc. Sans faire aucun bruit, il ouvrit la porte et déposa ses menus présents. Il retourna enfin se coucher, brisé par la fatigue de la longue attente.
Le lendemain, il fut le dernier à sortir du grand lit. Personne n’avait encore ouvert la porte. La tempête était toujours là et les flocons tourbillonnaient légèrement dans l’air matinal. Il l’entrouvrit doucement, sans attirer l’attention des autres, et ce qu’il vit alluma mille étoiles dans ses yeux.
Le bol de soupe avait été mangé. Les épluchures avaient toutes disparu. La neige achevait d’effacer des traces de sabots.
Et, surtout, il y avait là une montagne de cadeaux : des oranges, des noix, des pommes, des bonhommes en pain d’épice, du jambon, du lard, de la farine, et même des joujoux ! Surmontant le tout, une lettre à son nom.
Qui fut le plus surpris ce jour-là, on se le demande encore !
Saint-Nicolas s’excusait pour son retard et remerciait petit Jean pour la soupe. Elle l’avait bien revigoré et lui avait donné la force de poursuivre sa longue tournée. Il lui restait tant de fermes et de maisons à visiter…
Inutile de dire que, si l’histoire de la mère resta dans les mémoires, Saint-Nicolas continua à faire scintiller bien des paillettes dans les yeux des petits et des grands.

Véronique Vauclaire (2003)

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