Le chalet des pins

(Conte)

A cheval sur la forêt, il y avait, à la sortie du village, un merveilleux domaine. Dans un parc immense où la nature avait été épargnée se trouvait une grande maison à étages. De chalet, elle n’avait que le nom. Sa construction rappelait plutôt celle des manoirs que l’on bâtissait jadis.
La petite Michèle et ses parents y avaient vécu quelques temps, avant la guerre. Que de souvenirs… des premiers pas hésitant de bébé sur la longue terrasse au croup qui avait bien failli emporter l’enfant. Bons ou mauvais, ils n’auraient su en renier aucun.
Y demeurait toujours une femme très douce dont la gentillesse touchait tous les coeurs au village. Elle vivait seule à présent. Le rez-de-chaussée et le premier lui étaient réservés exclusivement, recelant bien des trésors – vieux meubles patinés par le temps, livres anciens, tableaux, sujets d’albâtre, porcelaines, cristal et tant d’autres belles choses encore.
La maison ne manquait cependant pas d’animation puisque les enfants du quartier avaient libre accès au second étage. Combien de jeudis ont connu le bruit de leurs courses dans le grand escalier !
On disait, à la veillée, que cet étage était hanté ; qu’il s’y passait parfois de drôles de choses, que l’on n’aurait su expliquer. Mais on en raconte tant…
Tout au long de l’année scolaire, les enfants du bourg y montaient. L’été, les petits parisiens en vacances – neveux de la propriétaire des lieux – se joignaient à eux pour de folles parties de cache-cache, de chat perché…
C’était une véritable caverne d’Ali Baba et l’imagination des petits s’enflamme si vite… Un rien les effraie ou les fait rêver.
Lors de l’un de ces jeudis, pluvieux et sombre comme il en est parfois, Michèle et sa cousine y montèrent jouer. Leurs amies devaient les rejoindre un peu plus tard.
Elles commencèrent par ouvrir doucement les malles, les armoires et les commodes. Elles fouillaient à l’envie. Une douce odeur de lavande s’élevait des pièces de linge. Que de trésors oubliés ! Des robes à tournure, des petits bonnets noirs en fine dentelle, des gants de soie, des ombrelles, des chaussures, des bijoux fantaisie, dormaient là.
Elles ne purent résister à la tentation. Déshabillées toutes deux en un tour de main, elles revêtirent les parures d’un temps révolu. Elles se pavanaient, telles les élégantes, et se souriaient dans la psyché. Elles faisaient un voyage dans le temps ; un voyage au bout de leur rêve.
Les heures passèrent sans qu’elles y prennent garde. Enfin, les rires de leurs amies les prévinrent de leur arrivée. Elles allèrent les attendre dans le couloir plongé dans la pénombre. Elles s’étaient si bien déguisées que les petites ne les reconnurent pas et les prirent pour des fantômes. Elles s’enfuirent aussitôt en poussant des hurlements d’effroi.
Mais n’y aurait-il pas eu quelqu’un d’autre derrière elles pour que leurs amies aient eu aussi peur ? Quoi qu’il en soit, la peur est contagieuse. Elles se remémorèrent, en une fraction de seconde, ce que l’on racontait, parfois, le soir, devant une belle flambée. Sans même prendre le temps de se retourner, elles s’enfuirent à leur tour, terrorisées aussi.
Dans la chambre délaissée, les rideaux se sont déplacés doucement, comme si quelqu’un avait voulu les regarder partir. Pourtant, la fenêtre était bien fermée. L’air ne pouvait passer. Un souffle léger fit voltiger les vêtements et les colifichets épars, les replaça dans les commodes. De temps à autre, à l’intérieur du miroir, passait une ombre insaisissable.

Véronique Vauclaire (2003)

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