Le pinceau magique

(Conte)

Philibert était jeune, beau et intelligent. S’il s’en était donné la peine, il aurait certainement pu prétendre aux plus hautes fonctions. Mais Philibert n’avait qu’un centre d’intérêt au monde : la peinture. Vivotant dans une mansarde à l’aide de quelque rente, il parcourait à loisir les bois et les prairies fleuries, les vallons, les clairières et les cours d’eau.
Il mettait du coeur dans ses peintures, certes, mais cela ne suffisait jamais à rendre la poésie du lieu, l’âme qui animait l’ensemble. Sous ses doigts malhabiles, le pinceau se taisait, la toile restait terne. Pour être malheureux, il l’était ! Aucun doute. Et son désespoir, en plus du reste, finissait de gâcher le travail.
Bien d’autres à sa place auraient tout arrêté mais sa passion l’enivrait plus que les plus grands crus. Avait-il encore son libre arbitre quand il partait, à l’aube, parcourir à grands pas de longs chemins pour trouver l’endroit adéquat, son matériel sous le bras ?
Les fées et tous les petits peuples qui vivaient par là voyaient s persévérance et sa tristesse grandissante. Ils auraient bien voulu l’aider.
Méline était une toute jeune fée aux longs cheveux dorés. Quand la lune montait haute dans le ciel, elle redonnait force et éclat à toutes les fleurs des alentours, à l’aide de sa petite baguette de noisetier.
Pourquoi est-ce elle qui eut l’idée et trouva le courage de la mettre en application ? Philibert était agréable à regarder, peut-être avait-il réussi à faire battre un peu plus vite, à son insu, le coeur d’une petite fée qui l’observait en secret.
Une nuit donc, Méline se rendit près du ruisseau. Se reflétant dans l’eau pure, comme dans un miroir, elle coupa ses longs cheveux et les noua à l’extrémité de sa baguette magique.
Quand elle retrouva ses sœurs qui dansaient en rond sur les mousses de la clairière, ce ne fut pas une mince affaire que de leur expliquer son sacrifice ! Leurs ailes diaphanes en frémissaient d’indignation. Pourtant, elles durent se rendre à l’évidence, tout avait été accompli déjà ! Il n’y avait plus qu’à réparer les dégâts à l’aide de quelque charme. Ainsi fut fait !
Le lendemain, une mésange fut chargée de livrer le pinceau.
A tire d’aile, elle partit donc à la recherche du jeune homme, serrant bien fort entre ses pattes le petit objet magique. Quand elle le découvrit enfin, se restaurant à l’ombre d’un hallier, elle n’eut plus qu’à faire tomber le pinceau sur ses genoux. A lui d’en reconnaître l’utilité et de s’en servir à présent.
Il le rangea soigneusement et se mit en quête d’une petite cascade qu’il avait découverte quelques jours auparavant.
Arrivé à destination, il s’installa , s’adossant au tronc d’un vieux bouleau, comme au dos d’un ami fidèle. Il déballa sa toile, prépara ses couleurs, hésita sur le choix du pinceau avant de se décider enfin pour celui que l’oiseau lui avait offert. Il était doux, frais, léger, agréable au toucher. Il le trempa dans la peinture et le miracle s’accomplit.
Sous ses doigts, tout prenait vie enfin. On distinguait jusqu’à la brume qui entourait l’eau vive, jusqu’aux moindres reflets du soleil dansant sur l’onde et dans les feuillages. Les arbres semblaient trembler sous la caresse d’une brise printanière. L’image était tellement forte qu’elle semblait sortir de la toile. Le tableau vivait par lui-même. Le tableau vibrait, chargé de toutes les magies, de toutes les émotions.
Il sourit comme cela ne lui était jamais arrivé, heureux pour la première fois. Ce sourire-là, Méline le reçut comme le plus précieux des cadeaux, l’emportant avec le chérir à tout jamais.
Peintre raté, il ne l’était plus. Ses toiles remportaient un vif succès à présent. Le public reconnaissait le talent, le génie de l’artiste.
On dit que le petit pinceau ne le quitta jamais. On raconte aussi qu’avant de quitter cette vie, il aurait enfermé le pinceau avec ses couleurs, quelque part à l’abri, dans la mansarde qu’il n’avait pas voulu quitter. Amis peintres, à vous de le trouver !

Véronique Vauclaire (2003)

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