Le secret du potier

On raconte une curieuse légende, le soir, à la veillée. Des gens du village, parfois, feraient fortune avant de disparaître soudainement. On ajoute, bien sûr, qu’il y aurait sans doute quelque diablerie là-dessous.
Gustave était potier mais sa vie ne lui convenait pas. Il rêvait de richesses immenses, de la grande ville et de tous les plaisirs qu’il pourrait y trouver – cabarets, restaurants, théâtres…
Ce jour-là, il devait aller ramasser du petit bois afin de pouvoir cuire ses poteries. Cela ne l’amusait guère, mais pas de feu, pas de poterie, et pas de poterie, pas d’argent. Il se rendait donc dans la forêt la plus proche. Il n’y avait pas fait dix mètres qu’il vit un gros sac en toile de jute au pied d’un bouleau. Il le prit, le chargea sur son dos sans se poser de question. Ouf, qu’il était lourd !
Il s’en retourna bien vite chez lui. Oublié le petit bois ! A dire vrai, la curiosité le dévorait. Il se hâta donc de défaire le gros nœud qui fermait le sac. Son coeur rata un battement devant l’étonnant spectacle qui s’offrait à lui. Il venait de trouver un véritable trésor composé de centaines – que dis-je ! De milliers de pièces d’or.
Il se mit à penser à tout ce qu’il allait pouvoir s’offrir enfin.
Sans en parler à personne, il attela son âne à sa charrette, mit sans sa bourse une pleine poignée de pièces brillantes et se rendit en ville.
Sa première visite fut pour le tailleur. Il y fit l’acquisition d’un costume pour le jour, d’un habit pour la soirée. Dans le meilleur restaurant de la région, il commanda ensuite un déjeuner copieux à tel point qu’il en laissa la moitié dans l’assiette. En un rien de temps, il dilapida le contenu de sa bourse. Il n’eut donc plus qu’à s’en retourner au village jouer les élégants.
Il ne pensa plus du tout à son travail. Il ne se rendit plus à son atelier. Les jours suivants le virent dans tous les endroits de plaisir dont il avait rêvé. Il aurait pu songer à établir son avenir. Il aurait pu aussi faire tant de bien autour de lui, soulager tant de misère ! Mais l’or trouvé dans le bois avait effacé en lui le peu de conscience qu’il avait.
A chaque poignée de pièces dépensée, il semblait perdre une partie de son âme. Tous ses désirs étaient comblés avant même qu’il ait eu le temps d’en avoir vraiment l’envie ou le regret, le manque aussi. Il s’avachit. Il s’étiola. Tout son être semblait rétrécir en même temps que le sac.
Quand il eut tout gaspillé, il était prématurément vieilli. Le soir-même, quelqu’un de haute stature ouvrit sa porte. On venait le chercher. L’heure était venue. Depuis, on ne l’a plus jamais revu au village.
On dit qu’en utilisant l’or du sac trouvé dans les bois, il aurait vendu son âme au diable.
Les anciens racontent encore que le sac, à nouveau rempli à ras bord, attend, quelque part dans la forêt qu’un autre vienne le trouver.

Véronique Vauclaire (2003)

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