Les lutins de juin

(Conte)

Près du ruisseau, parmi les arbustes et les bosquets fleuris, vivaient quelques lutins. Ils ne s’étaient pas établis là par hasard. On disait que les gros boutons d’or qui bordaient l’onde s’ouvraient en juin et que, parfois, on trouvait en leurs coeurs un tout petit lutin.
Cette année-là, à la fin du printemps, ils furent deux que l’on trouva blottis entre les pétales encore chiffonnés des fleurs dorées. Les anciens se dirent donc qu’ils étaient comme qui dirait frères et que, pour eux, tout irait bien. Jamais ils ne seraient seuls. Ils allaient apprendre ensemble et la forêt toute entière retentirait bientôt de leurs jeux.
Seulement voilà, les choses ne se passent pas toujours comme on l’avait prévu. Tous deux étaient comme chien et chat ! Quoi que l’on fasse, quoi que l’on dise, jamais ils ne parvenaient à se mettre d’accord. On aurait dit qu’il leur était impossible de s’entendre. Pourtant, habituellement, les lutins sont un peuple joueur, gai et pacifique par nature. C’était à n’y rien comprendre. Ils ne pouvaient s’empêcher de se jouer mutuellement des mauvais tours – en cela, ils ne manquaient jamais d’imagination – voire même d’essayer de se blesser – ce qui était plus grave encore. Cela se gâtait et commençait à entamer l’ambiance joyeuse et légère qui avait régné jusque là.
Il fallait prendre une décision.
Un matin, les petits lutins s’éloignèrent avec la seule chanson des oiseaux. Aucun autre bruit ne courait dans le murmure du vent. On aurait dit qu’ils étaient seuls au monde et, de fait, ils l’étaient. Désireux de leur donner une leçon, les autres étaient partis pendant la nuit.
Au début, ils ne cherchèrent pas à se rapprocher l’un de l’autre. Ils étaient pourtant si complémentaires… Le premier aimait ramasser les gouttes de rosée que la nuit avait déposé sur les feuillages. Le second préférait cueillir les baies sucrées et parfumées qu’il ramenait dans son petit panier d’herbes tressées.
Cela leur prit longtemps mais ils finirent par échanger quelques mots et puis, nécessité fait loi, ils mirent en commun leurs trouvailles à l’heure du repas. Comme il leur était difficile de s’amuser tout seuls, ils finirent par inventer de nouveaux jeux qui correspondaient aux goûts de l’un et de l’autre. Pour la première fois, ils semblaient vivre en bonne entente comme de bons petits lutins qu’ils étaient car, au fond, ils n’étaient pas méchants.
Les oiseaux et les petits animaux furent leurs premiers témoins. Puis le vent emporta leurs rires et leurs chants entre les branches des feuillus, jusqu’à l’endroit discret où s’étaient retirés les autres dans l’attente espérée d’un changement.
Tous se réjouirent et dansèrent au clair de lune. Le lendemain, ils retournaient près du ruisseau.
On dit que, depuis, les petits lutins de juin ne se quittent plus. Quand ils vont visiter les fermes et les maisons à la nuit tombée pour apporter un peu d’aide aux humains, ce n’est pas un petit bonnet pointu que l’on voit danser entre les haies, mais deux. Le temps les a rendus inséparables.

Véronique Vauclaire (2003)

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