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« La Roseraie – Témoignage d’une remplaçante en maison de retraite »

Editeur : Editions Edilivre.com

Date de parution : 20 juillet 2016.

Nombre de pages : 142 pages.

Prix public de vente : 12 euros.

ISBN : 9782334187077

Prologue

Les résidents des maisons de retraite ne sont pas ces petites choses insignifiantes, mises à l’écart du regard des hommes et oubliés de tous.
Ils sont d’abord des êtres humains, touchants et attachants, chacun avec son parcours de vie, chacun avec son histoire. Parfois, il leur arrive de nous mettre face à l’inattendu, de nous réserver quelque surprise à leur façon…
Moments drôles ou émouvants, toujours fragiles et éphémères…
La vie en maison de retraite est à l’image de la vie tout court, le reflet de ce qu’étaient les personnes ou plutôt la continuité.
Soignants et résidents, autant de parcours de vie qui se croisent et s’entrecroisent.
Vous qui vous apprêtez à lire ce témoignage, à entrer dans nos vies, gardez à l’esprit, s’il vous plait, que toutes ces histoires ont été vécues dans une maison de retraite qui n’existe pas par des personnes bien vivantes ou qui l’ont été (et dont les noms ont été changés pour des raisons évidentes de confidentialité).
Il s’agit avant tout ici d’une histoire humaine, avec des hommes et des femmes bien réels…

Une nouvelle au hasard : « Les biscuits d’Olivier »

« Cécile était installée dans un fauteuil coquille, à haut dossier vert, muni d’une tablette. Cette dernière était destinée à recevoir les magazines des « Veillées des Chaumières » qu’elle ne pouvait plus lire, les verres de sirop qui ne l’attiraient guère et les goûters qu’elle ne mangeait jamais.
Longtemps, bien longtemps auparavant, elle avait été friande de marrons glacés, de biscuits délicats nappés (ou non) de chocolat fin -petits luxes qu’elle ne s’accordait
que rarement-. Pour le reste, elle avait à peine l’appétit d’un oisillon.
Ce qu’on lui servait à présent ne lui disait rien décidément. Vos goûts ne changent pas à votre arrivée en maison de retraite !
Cette dame gourmande et adorable qui finissait de tisser discrètement le fil invisible de ses jours à La Roseraie était ma grand-mère. J’ose l’affirmer ici : Oui, les
soignants aussi ont des familles…
Par l’amour infini que je lui portais, je souhaitais qu’elle profite autant que possible de la compagnie (parfois remuante) de ses arrière-petits-enfants. J’aurais voulu faire
plus. Je n’ai fait que ce que je pouvais.
Lors de ces visites, dès que le temps le permettait, nous investissions le parc de La Roseraie pour quelques heures. Ma grand-mère prenait l’air. Mes enfants s’ébattaient gaiement et chipaient sans arrière-pensée les framboises juteuses et sucrées qui poussaient là à profusion. De temps à autre, Clément et Maxime lui en rapportaient une poignée, triées parmi les plus jolies. Mon petit dernier, Olivier, un an à peine, ne quittait guère sa poussette et demeurait face à l’aïeule. Leurs regards solidement ancrés l’un dans l’autre, l’une qui ne parlait plus beaucoup et l’autre pas encore. On aurait dit à les voir ainsi que bien des secrets s’échangeaient.
A l’heure du goûter, forcément, une collègue faisait apparaître sur la tablette un verre de sirop de grenadine accompagné d’une tranche de quatre-quarts. Rien que de
l’insipide et de l’étouffe chrétien, soyons honnêtes, mais qu’y faire ?
Pour mes enfants aussi, c’était quatre heures. Les plus grands croquaient à belles dents leur part tout en s’en allant poursuivre leur partie de chevaliers devant une statue de la Vierge (princesse à délivrer fort acceptable, ma foi) ou d’explorateurs au milieu du bosquet de noisetiers. Olivier attendait que je lui glisse entre les mains un biberon de jus de fruit accompagné de biscuits Paille d’Or à la framboise. Un à un, sans se presser, il en dégustait tout de même la moitié du paquet à lui tout seul.
Ce jour-là pourtant, Olivier me réservait une surprise.
Au moment du goûter, je commençai donc à présenter comme d’habitude un à un ses biscuits à mon enfant, au fur et à mesure qu’il les mangeait. Soudain, il en tendit un à mamie. Cette dernière, bien sûr, ne pouvait s’en saisir mais sut ouvrir sa main et étendre son bras. Je ne servis que d’intermédiaire entre eux, en faisant passer le biscuit de l’un à l’autre. Elle qui ne mangeait quasiment plus en dégusta une bonne dizaine.
Ma tante, mise au courant, lui mit donc à disposition dans son placard un stock fourni de ces petits gâteaux. Dès lors et jusqu’à la fin, ils composèrent l’essentiel de son alimentation. Mais il faut reconnaître qu’elle ne les mangea jamais d’aussi bon appétit en l’absence d’Olivier.
On ne parlera jamais assez de l’importance de l’alimentation pour les personnes âgées. N’oublions pas qu’un geste aussi anodin que se nourrir, c’est fournir à notre
organisme l’énergie dont il a besoin pour fonctionner. C’est valable pour nos muscles, cela l’est tout autant pour notre cerveau… Ce que nous mangeons assure donc (ou
non) le bon fonctionnement de notre organisme.
Le problème, c’est qu’avec le grand âge, on perd progressivement les sensations de faim et de soif.
On ne mange donc plus vraiment pas envie, ni même par goût parfois, mais davantage par empathie.
Rien de tel que quelques mots gentils murmurés ou un sourire franc (de ceux qui montent jusqu’aux yeux, un vrai quoi !) pour faire manger une personne âgée, même
atteinte de la maladie d’Alzheimer.
C’est par amour uniquement que ma grand-mère a accepté de manger les biscuits que lui offrait mon fils Olivier, bien plus que par goût réel. »

Prenons le temps nécessaire pour ceux que vous aimons.

Allons les visiter, où qu’ils demeurent, qu’ils soient entourés, rassurés et choyés dans leurs dernières années.

Forgeons-nous aussi aujourd’hui les souvenirs dont nous nous nourrirons demain. Nous avons besoin d’eux qui sont nos racines et représentent surtout la mémoire vivante de notre lignée. Cela est juste pour nous, cela l’est d’autant plus pour leurs petits-enfants, leurs arrières petits-enfants…

Nous ne faisons que passer ici-bas. Essayons au moins de faire en sorte que la marque que nous laisserons de notre bref passage soit l’amour.

Je vous en embrasse en lumière du cœur,

VéroV

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