Les aventures de Manon et Papa au Pays Magique

(Petite histoire)

Tout est calme à Portets en ce petit matin.
La campagne environnante s’éveille doucement alors que le ciel se teinte de bleu marine et s’éclaircit.
Manon entend le chant des oiseaux de l’autre côté de la fenêtre. Elle s’étire comme un chat et saute à bas de son lit avec l’impression qu’il se passe des choses inhabituelles.
Elle se précipite dans le bureau de Papa pour lui faire un gros câlin.
– Bonjour Papa.
– Bonjour Manon.
Les bisous de Papa le matin ça réveille le coeur et met de la lumière à l’intérieur.
Manon se demande si elle doit garder pour elle cette impression bizarre qui ne la quitte pas ou tout dire à Papa… Elle choisit de tout dire. C’est plus facile parfois de comprendre les choses quand on les dit à une grande personne.
– Papa, tu ne trouves pas qu’il y a un truc étrange aujourd’hui ?
Papa est en train de dessiner des plans. Il travaille depuis plusieurs heures déjà. Dans sa tête, il y a des traits bien alignés qui forment des maisons et toutes sortes de bâtiments.
– Etrange comment, Manon ?
Même quand il est très occupé, Papa est toujours là pour sa petite fille. C’est la personne la plus importante au monde pour Papa. Alors, son esprit quitte les plans des architectes et se pose doucement dans les yeux de Manon.
Et Manon, habituellement secrète et réservée, ouvre son coeur à Papa.
– Je ne sais pas, Papa. C’est comme s’il y avait quelque chose dans l’air. Comme si quelqu’un m’appelait tout bas, si bas qu’en fait je ne comprends pas ce qu’on me dit.
Papa est étonné… Peut-être que l’imagination de Manon fait des siennes et lui invente tout un univers…
– Vas t’habiller pendant que je prépare le petit-déjeuner.
Dans le marron des yeux de Manon, Papa lit comme une déception. Ahhh… Papa n’aime pas cela du tout. Alors…
– Manon, veux-tu que nous allions nous promener dans les bois tout à l’heure ?
– Une promenade ? Chouette !
En deux temps trois mouvements, ils sont prêts, équipés de manteaux chauds, de bonnets et d’écharpes.
Sur le sentier qui serpente entre les grands arbres, Manon sautille gaiement. De temps à autre elle s’arrête pour ramasser quelques feuilles aux couleurs de l’automne. Du rouge, du brun, du jaune et du doré fleurissent en bouquet entre ses mains.
Ils arrivent à l’entrée d’une vaste clairière. Entourée de chênes et de châtaigniers, la prairie ressemble à une piste de danse et Manon ne s’y trompe pas. Bras grands ouverts, elle s’élance et prend son envol. Papa la regarde faire en souriant. Sans le savoir, Manon met de la joie dans la journée de Papa.
Elle s’arrête soudain émerveillée.
– Papa ! Regarde ! Là !
Elle pointe du doigt un arc-en-ciel somptueux qui vient de naître sous ses yeux.
Papa n’en revient pas… Ce que c’est beau. Un peintre n’aurait pas fait mieux.
– Papa… Tu l’entends toi aussi, dis ?
– Quoi donc Manon ?
– C’est comme si quelqu’un pleurait, et de temps en temps, ce quelqu’un m’appelle.
Papa s’avance à la rencontre de la petite.
Tout occupés à regarder l’arc-en-ciel, ils ne voient pas venir la vieille femme qui sort du bois et s’avance vers eux.
Elle a le dos courbé et s’appuie sur un grand bâton pour avancer. Elle est habillée comme les villageoises de l’ancien temps, avec une longue robe bleue qui lui arrive aux pieds et un tablier noir. Un châle en laine la protège un peu du froid mordant. Un panier d’osier se balance à son bras.
De là où ils sont, Manon et Papa ne voient d’elle que son allure et son chignon gris.
Et sans relever la tête ni s’arrêter, elle vient à leur rencontre.
Papa prend la main de Manon, pour la rassurer, pour la protéger aussi…
La vieille s’arrête devant Manon.
– Bonjour, Manon. Tu as entendu son appel ?
Manon n’en revient pas… Enfin une grande personne qui comprend !
– Bonjour, Madame. Oui, je l’entends. Mais je ne sais pas qui c’est.
– Mais… La licorne Aglaé bien sûr ! Le géant Baltazar l’a enlevée à sa famille la nuit dernière et l’a enfermée dans son château en haut de l’arc-en-ciel.
D’un seul coup, l’arc-en-ciel n’est plus si joli… Et Manon a perdu son sourire.
– La licorne ?
Manon adore les licornes. Elle en colorie tout le temps. Elle les collectionne en faux. Il y en a plein sa chambre.
– Oui, la licorne.
– Qu’est-ce que je dois faire pour l’aider ?
La vieille sort trois petits glands lustrés de son panier et les tend à Manon.
– A chaque fois que tu auras besoin d’une aide magique, lance un gland en l’air en pensant très fort à ce que tu veux et cela apparaîtra aussitôt.
Manon prend les glands et remercie.
La vieille disparaît dans un « Splatch ! » inattendu.
Papa et Manon se regardent. Ils n’y comprennent plus rien.
– Tu crois que c’était une fée, Papa ?
– Je crois qu’il existe beaucoup de choses dont nous ne savons rien.
Manon regarde les glands et l’arc-en-ciel.
– Je dois aller délivrer la licorne Aglaé, Papa. Je sens que c’est important et qu’il n’y a que moi qui peut lui venir en aide.
– Et comment penses-tu faire ?
Manon glisse deux glands dans la poche de son anorak, en garde un dans le creux de sa main.
Un regard à Papa… Elle recule d’un pas, prend son élan et lance le petit gland haut dans l’air.
– Je veux qu’un escalier apparaisse sur l’arc-en-ciel jusqu’au château de Baltazar !
Aussitôt les marches se dessinent et prennent forme.
Manon se précipite. Papa la stoppe in extremis.
– Tu n’y vas pas toute seule. Donne-moi ta main. Nous y allons ensemble.
Manon est trop contente de voir que son Papa est aussi courageux.
– Merci Papa.
Pas besoin de le dire fort… Papa a entendu.
A sept ans, c’est bien de sentir qu’on n’est pas seule pour se lancer dans les grandes aventures de la vie.
Main dans la main, ils escaladent l’arc-en-ciel. Cela leur prend un long moment et les fatigue un peu. D’en-bas, ils ne se rendaient pas compte comme c’est grand un arc-en-ciel. Maintenant ils savent.
Papa essaie de rire un peu.
– Manon, la prochaine fois que tu prévois l’escalade d’un arc-en-ciel, préviens-moi et j’emporterai le goûter…
Manon rigole.
– Courage mon Papa. Nous y sommes presque.
Les grandes portes d’un immense château se dessinent dans l’azur du ciel.
Pas très accueillant le château… Presque, ça ficherait un peu la trouille, en vrai…
Manon frappe deux fois et les portes s’ouvrent dans un affreux grincement.
– Tiens ! Tiens ! De la visite… Des humains qui viennent s’offrir en déjeuner… Ah ah…
Le géant rit de sa farce. Mais Papa et Manon sentent qu’il est très sérieux.
– Baltazar, dis-nous ce que tu as fait d’Aglaé la licorne !
La timidité de Manon a refait surface. Heureusement que Papa a repris les choses en main mine de rien.
Manon regarde son papa. Elle trouve qu’il est drôlement fort et courageux. Elle se sent mieux.
Baltazar ne se méfie pas. Les humains sont si petits en face de lui, si fragiles…
– Aglaé est dans la tour du donjon nord.
La petite fille se ressaisit. Sa main plonge jusqu’au fond de sa poche. Elle la ressort poing fermé sur un objet que le géant, même en plissant les yeux, ne peut pas voir.
Elle fait un pas en arrière, prend son élan et lance le deuxième gland en l’air.
– Je veux que Baltazar soit prisonnier de son donjon à la place d’Aglaé !
Aussitôt le géant disparaît et Aglaé la licorne plonge son regard doux dans les yeux d’une petite fille espiègle.
– Bravo Manon ! Et merci à vous deux… Encore un peu, je finissais en plat du jour.
– Il faut y aller à présent. Inutile de traîner ici…
Papa a repris les choses en main.
Aglaé, Manon et Papa franchissent à nouveau les portes et se dirigent vers l’escalier… Qui a littéralement disparu !
– Mince, nous sommes coincés…
Papa est bien embêté… Mais déjà Manon fouille un peu sa poche…
Elle lance le gland dans l’azur du ciel…
– Je veux que l’arc-en-ciel se transforme en toboggan géant.
Aussitôt dit… Aussitôt fait.
L’arc-en-ciel se transforme de milles manières, en courbes et arabesques colorées.
– Tu vas y arriver Aglaé ?
– Pas de souci Manon.
Et tous trois de prendre place et glisser jusqu’en bas.
– Wouahhhh ! Quelle glissade…
L’arc-en-ciel s’efface peu à peu et semble perdre ses couleurs.
– Je dois partir, Manon, et retrouver les miens. Je ne t’oublierai pas, petite.
Manon enfouit son visage dans la longue crinière.
– Moi non plus je ne t’oublierai pas. Je t’aime, Aglaé.
– Allons, petite, je dois y aller. Et il y a quelqu’un d’autre ici qui t’aime plus que tout.
Aglaé est partie.
Papa a fait un gros câlin à Manon pour la réconforter.
Ils sont retournés tous deux à la maison.
Le visage collé aux carreaux, Manon se demande quand est-ce qu’elle reverra son amie Aglaé.
Quelle aventure ils ont vécu !

Véronique Vauclaire (Ecrit sur commande – 2018)

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