Un monde nouveau

(Nouvelle)

Il erre au milieu des décombres de la ville désertée, ses ailes immaculées écorchant la poussière. Lui si grand n’est plus qu’abattement. Doutes et craintes. Il regarde sans illusion aucune ce monde en train de s’éteindre. Retrouver un peu de force, prendre de la hauteur, s’éloigner. A chaque cadavre rencontré, à chaque fleur piétinée, son âme se meurt davantage s’il est possible. Faire un pas encore, au cri des fusils et des injures raciales, au hurlement des bombes et de l’indifférence normalisée.
Etre un ange dans cette réalité a-t-il encore un sens ? Ce questionnement-là le taraude depuis quelques temps déjà.
Pour la première fois, il envisage de baisser les bras, d’abandonner, de quitter la partie, de repartir… avec cette conscience exacerbée d’avoir échoué dans sa mission.
D’un pas lourd et hésitant, il continue sa progression.
Son regard se pose sans voir sur tout ce qui l’entoure, accumulant des images, comme autant de visions d’épouvante.
Les hommes alentour se croisent en s’ignorant. Ils se réjouissent d’une belle voiture, d’une belle maison… Ils évoluent dans un monde superficiel où tout n’est qu’apparences. Compte en banque à la place du cœur. Compte chiffré et cadenassé, inaccessible au commun des mortels.
Monde cruel de pouvoir et de privilège.
D’autres se battent pour un peu d’eau, pour un morceau de pain, pour survivre sans plus. Partout sur Terre des êtres meurent de faim, de soif, de froid, dans le plus grand mépris, dans un soupir.
Monde individualiste.
Les hommes se croisent sans se voir, refusant d’endosser toute part de misère qui ne serait pas la leur. Ils acceptent de laisser mourir des enfants, voiler, violer, martyriser des femmes.
Monde malade où on emprisonne, où on étouffe le moindre sursaut de liberté.
Quelques pas encore.
Aura-t-il un jour à nouveau la force de redresser ses ailes, de prendre son envol ?
Et cette planète saccagée au bruit des pelleteuses qui la déchiquètent pour une usine, pour un barrage, force vive qui s’écoule à jamais perdue au bruit des pièces d’or…
Un pas, puis un autre encore, il a quitté la ville, s’est éloigné de tout carnage.
Assis simplement sur l’herbe tendre d’un petit promontoire, il cherche en lui-même une raison d’y croire encore, désabusé.
La nuit est tombée sur le monde. Voile épais qui dévore la moindre parcelle de lumière.
Perdu dans ses pensées, il ne s’aperçoit pas du lent frémissement qui glisse sur le monde. Chaque seconde qui nait voit à présent éclore une fleur de lumière. Ici. Là encore. Un peu partout. Une puis deux, puis des dizaines, puis des milliers.
Partout sur Terre des êtres humains se lèvent, comme autant de phares brillant dans la nuit. Ils éclairent le monde, leur monde, d’une lumière nouvelle.
Nouveau jour.
Premier jour.
Ces hommes-là se tiennent par la main, se prennent dans les bras, effacent les différences. Dans leur regard, une lueur de reconnaissance. Emanant de leurs corps, une même énergie. Avec eux, un mot prend tout son sens : Fraternité.
Ces hommes-là vont vers les autres, leur tendent la main, les aident à se relever, à reprendre force et courage, à croire enfin en eux-mêmes. Avec eux, un mot prend tout son sens : Compassion.
Ces hommes-là deviennent des guides pour l’humanité. Ils tracent la voie et montrent le chemin pour bâtir un monde différent, sur d’autres bases, d’autres valeurs, le leur. Avec eux, un mot prend tout son sens : Amour.
Il les observe à présent, les voit lutter, œuvrer, unis dans un but commun qui dépasse l’élémentaire survie, créer leur unité.
Alors, lui aussi se prend à tracer un mot nouveau : Espoir.

Véronique Vauclaire (Edilivre – 2015)

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