Un Noël extraordinaire

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Un Noël extraordinaire

– Conte de Noël païen –

Pour les païens, tout est cycle et l’année entière est rythmée d’évènements précis correspondant aux équinoxes et aux solstices. Dans ce conte, la date de Noël croise celle du Solstice d’hiver, période à laquelle renait le Roi Soleil. A compter de cette nuit-là, chaque année, les jours rallongent et la Lumière revient sur le monde, un enfant renait. Cette croyance ancienne est à l’origine du Noël chrétien. 

*

C’était la veille de Noël.
Dans la petite maison aux volets rouges et blancs, Mamie et petit Louis venaient de terminer la décoration de leur sapin. Ils avaient passé l’après-midi à faire de longues guirlandes de grains de maïs soufflés. La vieille dame avait aussi fait sécher des rondelles de pommes et d’oranges sur le coin du fourneau. Piquées de longs brins de raphia, elles avaient rejoint les guirlandes aux branches de l’arbre.
– Parfait ! Très joli ! Vraiment !
Louis aurait pu croire sa grand-mère s’il n’avait surpris son regard s’arrêtant brièvement à la grosse poutre où séchaient les herbes médicinales qu’ils avaient ramassées tout au long de l’été.
La poutre au plafond. Bien sûr. C’est là que son grand-père accrochait chaque année un énorme bouquet de houx aux feuilles vernissées.
Papi disait en riant que personne n’oserait venir s’y piquer, pas même le Diable et ses sbires.
A Louis aussi, Papi manquait beaucoup.
Et lui qui n’avait pas un sou pour offrir un cadeau à sa grand-mère se laissa dicter par son coeur la plus charmante des attentions.
– Mamie, puis-je aller m’amuser un peu dans la neige, s’il te plaît ?
– Oui, mon petit, mais ne t’éloigne pas trop et rentre avant la nuit !
En un temps – trois mouvements, Louis s’équipa de pied en cap. Deux paires de chaussettes dans des bottes en caoutchouc, un bonnet, une écharpe moelleuse, son manteau rouge enfin dont il mit la capuche et remonta la fermeture jusqu’en haut.
Une porte se ferma derrière lui, puis une seconde qui le coupa entièrement des bruits de la cuisine et du réconfort de la lampe.
Dehors, la neige tombait abondamment, l’enveloppant d’une ouate que les dernières lueurs du jour teintaient déjà de gris.
Se glissant à travers les lourds flocons, Louis eut l’impression étrange de basculer dans un univers inconnu.
Il remonta l’allée, traversa la route, entra dans la forêt.
A chacun de ses pas, ses bottes s’enfonçaient profondément dans la poudreuse, rendant sa marche difficile.
Il crut prendre un chemin qu’il connaissait bien, se faufila entre deux gros châtaigniers quelques mètres plus loin.
Son regard effleurait chaque arbre, scrutait chaque bosquet en quête du bouquet tant convoité. Mais où que se posaient ses yeux, pas la moindre petite boule rouge !
– Mince alors ! J’aurais dû en trouver depuis longtemps ! Où est passé ce houx ?
A quel moment prit-il conscience qu’il s’était égaré dans ce bois qu’il aimait tant ? Je l’ignore. S’il en fut désolé pour sa Mamie à qui il devait donner bien de l’inquiétude, il profitait quand même bien un peu de l’aventure. Les grands arbres lui étaient une seconde maison, il était en confiance.
Dans le silence que posait partout sur son décor le blanc manteau de neige, il se remémorait tout ce qu’il avait vécu tout au long de cette année qui se terminait, les petites choses et les grandes, ce dont il était fier et les petites bêtises sur lesquelles il avait trébuché.
Dans le secret de son coeur, des mots fleurissaient comme des fleurs qui restaient suspendues devant lui.
Amour.
Pardon.
Partage.
Bienveillance.
Paix…
– L’année prochaine, je veux m’améliorer. Voilà ce que je veux vraiment ! Etre moins égoïste et donner plus encore, soulager ma mamie, lui rendre le sourire.
Là-bas, plus ou moins loin, une lueur semblait le guider, qu’il apercevait entre les hauts sapins.
Quand il parvint à destination, il réalisa que tous les animaux de la forêt formaient un cercle – protecteur ? – autour de ce que Louis prenait encore pour une étoile. Une biche et son faon s’écartèrent pour le laisser passer.
Une étoile ? Que non pas ! Un enfançon déposé sur la neige. Il émanait de lui cette lumière incroyable qui l’avait attiré là ; une lumière de vie, d’amour, de paix ; une lumière qui offrait force et courage, qui séchait les larmes passées, qui effaçait les erreurs et les peurs ; une lumière qui rendait l’espoir et donnait envie d’aller de l’avant.
Pour sûr, une puissante magie était à l’oeuvre ici.
– Mince ! Ce qu’il doit avoir froid !
N’écoutant que son bon coeur, Louis défit son manteau et retira son pull dans lequel il emmaillota le nouveau-né. De son écharpe, il lui fit la plus douce des couvertures.
– Te voilà protégé mais où dois-je te conduire ? Chez Mamie ?
Louis se posait bien des questions. Dans le berceau de ses petits bras, le bébé souriait gentiment.
– Oh ! Oh ! Oh !
Une grosse voix dans son dos mit fin à la valse de ses hésitations.
Louis se retourna.
– Père Noël !
– Alors comme ça, Louis, tu as trouvé le Roi !
– Un roi ? Pas du tout ! Un bébé tout nu, abandonné dans la neige et le froid.
Le vieux bonhomme à la longue barbe éclata d’un rire sonore.
– Oh ! Oh ! Oh ! Mais oui, le Roi ! Le Roi Soleil qui vient de renaître cette nuit. Allons mon garçon, repose-le là où tu l’as trouvé, reprends tes vêtements, qu’il puisse resplendir et retrouver sa place. Ton monde a tant besoin de sa Lumière…
Aussitôt libéré, l’enfant-roi s’éleva dans la nuit faisant naître une nouvelle étoile dans le ciel.
– Monte sur mon traîneau, Louis ! Il est grand temps pour toi de retrouver la douceur de ton foyer.
Là où était couché l’enfant trônait à présent un houx majestueux garni de milliers de petits fruits rouges et brillants.
– Chouette alors !
Reconnaissant, Louis en fit un gros bouquet.
Quelques minutes plus tard – mais le temps existe-t-il vraiment ? – le Père Noël déposa Louis tout en haut de l’allée.
Qu’il lui fut difficile de s’extraire des couvertures soyeuses !
– Joyeux Noël, Père Noël !
– Joyeux Noël, Louis !
Louis retrouva la chaleur de la cuisine et les bras de sa grand-mère.
Mamie accrocha le bouquet à la poutre. Un beau sourire prenait vie dans ses yeux.
La magie des Noëls passés unis à celui-ci oeuvrait au profond de son coeur.
Le front collé au carreau, Louis rêvait.
La musique des clochettes d’un traîneau le ravit.
– Oh ! Oh ! Oh ! Joyeux Noël et paix sur le monde !
Nul doute qu’au petit jour Louis et sa mamie auront trouvé mille trésors au pied de leur sapin.

Joyeux Noël à tous !
Véronique Vauclaire (2019)

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