Tchernobyl : irradiations et cancers sans frontière

VéroV : Bonjour Madame L’Hoir. Je vous remercie de m’accorder de votre temps pour répondre à mes questions. Le 26 avril, cela fera 30 ans… Je sais que vous êtes très prise par l’anniversaire de l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

Chantal L’Hoir : Bonjour. Nous avons mené cette quête de vérité à propos de l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl avec une intime conviction : Que l’Etat n’avait pas joué son rôle protecteur de la Nation et a mis sa population en danger en obéissant au lobby atomique en taisant la gravité de la contamination.

VéroV : Vous êtes présidente de l’Association Française des Malades de la Thyroïde. Pouvez-vous me dire comment tout cela a commencé pour vous ?

Chantal L’Hoir : L’association n’a pas commencé sur des questions de radioactivité en 1999, mais d’un mal-être dû à l’obésité et à une très mauvaise réactionnelle du monde médical… Etre gros, c’est la double peine. Ne dit-on pas « gros con » ?… Si on grossit, c’est qu’on n’est pas capable de se gérer…  Ensuite, nous nous sommes aperçus que 4 jeunes du village avaient été opérés d’un cancer thyroïdien en 1994. Cela nous a ouvert les yeux aux problèmes environnementaux. Au début, on voyait les écolos de manière très caricaturale (ils avaient trouvé plus de radioactivité en amont de la centrale de Golfech qu’en aval !) et puis nous avons commencé à mettre en place nos « mercredis scientifiques » avec les enfants. Nous faisions des prélèvements de plantes aquatiques dans la Garonne et nous les faisions analyser. Nous avons eu l’impression d’être en pleine science fiction : la radioactivité venait des hôpitaux qui traitaient les cancéreux de la thyroïde à l’iode radioactif.

VéroV : Les retombées du nuage radioactif en France se sont manifestées essentiellement par des cancers de la thyroïde et des leucémies. D’autres symptômes, d’autres maladies moins connues se sont-elles déclarées ?

Chantal L’Hoir : Les études menées sur la contamination par le césium ont montré des conséquences au niveau cardiaque, thyroïde. Notamment au travers du déficit immunitaire lors de la maladie de Hashimoto (attaque d’anticorps anti-thyroïdiens desséchant la thyroïde). Cette pathologie avec chute immunitaire amène aussi des problèmes vasculaires, intestinaux, du foie. On voit même des méningites dues à un terrain fragilisé par l’Hashimoto. Il y a eu aussi énormément de lymphomes et de malaises et maladies non identifiés.

VéroV : Quelles sont les premières manifestations d’un empoisonnement de la thyroïde  ?

Chantal L’Hoir : Lors de l’accident de Tchernobyl, on a pu se fier bien après à un traçage de l’impact par le césium et son dépôt sur le sol (134-137). Au moment de l’accident, le plus grave ont été les iodes représentant les trois quart du nuage, et en particulier le tellure 132 se transformant en iode 132 (voir l’article du docteur Guillet), qui n’ont pas eu nécessairement le même traçage de nuage. L’iode se sublime en gaz et la centrale près de Bordeaux a eu pendant une journée les mêmes doses que celle du Rhône (voir graphique). C’est de cette manière que de nombreuses régions ont été touchées. Un empoisonnement de la thyroïde se manifeste d’abord par une très très grosse fatigue, puis par un état nerveux difficile à gérer (pouvant mener à des pensées suicidaires), le gonflement du corps, le coeur qui lâche…

VéroV : Est-ce que cela dégénère toujours en cancer de la thyroïde ?

Chantal L’Hoir : Non, cela peut être une déficience immunitaire, un dessèchement de la thyroïde, des problèmes lymphatiques, un cancer du foie, un cancer des intestins, un cancer du sein. Je vous donne un exemple réel : Il y a un jour eu un médecin qui a fait passer une femme pour une alcoolique auprès de son mari. Il a demandé à ce dernier de tracer des petits traits sur les bouteilles pour contrôler les niveaux. En fait, cette femme ne buvait pas. Elle était atteinte de la maladie de Hashimoto et elle avait développé un cancer du foie. La radioactivité est une question d’accumulation de doses et de résistance immunitaire de l’organisme de chacun. Par contre, déceler une déficience immunitaire, c’est surveiller un terrain pré-cancéreux. Dans les plaignants de PACA, nous avons eu pas mal de pieds noirs qui étaient enfants lors des premiers essais nucléaires en Algérie. C’est ce qu’on appelle « le phénomène des doses accumulées ». Certains aujourd’hui n’ont apparemment pas eu de conséquences liées à Tchernobyl. Par contre, s’il y a un autre accident nucléaire, ce seront probablement eux qui réagiront car c’est inscrit dans la mémoire de leur ADN (travail mené par Alain Dubois).

VéroV : Combien de malades recensez-vous en France suite à l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl ? dont combien de cas de cancer ?

Chantal L’Hoir : Je ne peux pas vous le dire. En fait, nous avons pris le problème à l’envers et fait perquisitionner le laboratoire Merck. De ce fait, nous avons obtenu le chiffre des ventes de Lévothyrox (qui relèvent quasiment du « secret défense ») de 1980 à 2010. La vente a explosé. Nous sommes passés de 1 malade tributaire d’hormones sur 50 en 1980 à 1 sur 10, voire 1 sur 8 selon les régions, en 2010.

VéroV : De nouveaux cas continuent-ils à se déclarer 30 ans après l’accident ?

Chantal L’Hoir : Oui, comme je vous le disais cela amène hélas une faiblesse génétique héréditaire. D’après le professeur Dubois (spécialisé en génétique), personne ne parle assez de la transmission dans l’ADN d’un accident nucléaire.

VéroV : Pour ce qui est des maladies de la thyroïde, quel est le traitement ?

Chantal L’Hoir : Lévothyrox, Euthyral,…

VéroV : Que savez-vous du Lévothyrox ?

Chantal L’Hoir : C’est de la T4 et bien souvent cela ne suffit pas. Certains endocrinologues ajoutent un peu de T3 (Euthyral) afin d’avoir moins de coups de pompe car la triodothyronine est une hormone qui s’absorbe en 24 heures. En ce qui concerne le Lévothyrox, une réunion qui a eu lieu au niveau mondial à Boston début avril 2016 a soulevé le problème de la morbidité liée à ce médicament. Avec  des doses supérieures à 100, la vie se raccourcit, cela agit sur le coeur… et tous les patients ont des doses supérieures à 100, cela peut aller jusqu’à 300 pour certains.

VéroV : Les malades savent-ils que d’autres méthodes, plus douces et respectueuses de l’organisme, peuvent les aider à vivre mieux (phytothérapie, Reiki, ostéopathie…) ?

Chantal L’Hoir : Ils ont peur du changement car on inculque que si on ne freine pas une thyroïde nodulaire, on risque un cancer.

VéroV : Qu’ont fait pour vous, les malades, les gouvernements qui se sont suivis depuis l’accident de Tchernobyl ?

Chantal L’Hoir : Rien. Le malade est rentable et rapporte à un système, comme tout le reste.

VéroV : Une bande dessinée vient de paraitre « Tchernobyl, un nuage sans fin », une manière de mettre à disposition des informations tenues quasi-secrètes jusqu’ici… une manière de dire aussi « Plus jamais ça ! » ?

Chantal L’Hoir : Bien sûr. En ce qui concerne le nucléaire, je pense comme madame Merkel, « si on ne peut pas gérer, il faut l’arrêter ».  Et puis, la démocratie est un combat de chaque jour et se mérite. On ne peut compter que sur nous-mêmes. Au sein de l’association, nous nous disons que la maladie nous a grandis et a fait de nous des citoyens de notre vie.

VéroV : Madame L’Hoir, je vous remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions. Je vous souhaite une belle journée.

Chantal L’Hoir : Merci à vous. Bonne journée.

 

Propos recueillis par téléphone le 15 avril 2016.

 

VéroV

 

Coordonnées de l’Association Française des Malades de la Thyroïde :

AFMT – BP 1 – 82700 Bourret

asso.thyroide@gmail.com

Tchernobyl : irradiations et cancers sans frontière

Thyroïde : des solutions naturelles existent

Tchernobyl : irradiations et cancers sans frontière

Pilule abortive en libre accès aux adolescentes

article suivant

Il y a un commentaire

Faire un commentaire